La Rhétie antique et les langues rhéto-romanes

Un extrait de mon livre « Langues et origines des peuples de l’Europe antique » publié en juillet 2017 par Atramenta et référencé sur les sites Amazon, la Fnac et quelques autres. Sur la carte perso, la Rhétie (d’avant la conquête romaine) se trouve dans le sud-est de la Suisse et dans le centre-nord de l’Italie.

 La Rhétie et les langues rhéto-romanes

 Très anciens autochtones des Alpes (Frioul, Grisons, Liechtenstein, Tyrol…), ils parlaient sans doute une langue particulière, vraisemblablement non indo-européenne. Il existait parmi eux une tribu des Suanètes (ou Suantes). Ceux-ci sont certainement originaires de la Svanétie dans le Caucase (actuellement dans le nord-ouest de la Géorgie) où on parle encore une langue kartvélienne particulière. Elle est proche du mingrélien et pourrait ressembler à l’antique colchidien. Le suffixe ethnique -ète ou -étie présent aussi dans le mot Rhétie est typiquement kartvélien.

On connaît seulement la Rhétie comme province romaine. Si cette division administrative de l’Empire porte ce nom, elle n’a rien à voir avec la véritable Rhétie d’avant la conquête, car elle comprend trop de tribus gauloises et illyriennes. Elle devait donc être beaucoup plus petite alors. Il est vrai que beaucoup d’auteurs antiques prêtaient à la Rhétie une origine illyrienne (comme pour la Vénétie). Les seules tribus rhètes attestées sont celles des Breunes et des Camunni. Ce petit pays montagnard semble avoir joué surtout un rôle commercial, mais sa population ne devait pas être très nombreuse.

À une époque ancienne, les Rhètes furent quelque peu colonisés par des marchands illyriens, vénètes et étrusques (surtout pour contrôler les passages difficiles entre les bassins fluviaux du Rhin, du Danube et du Pô). Ils avaient aussi beaucoup de voisins gaulois. Néanmoins, ils étaient considérés comme de dangereux brigands. Une légende rapporte que beaucoup d’Étrusques de Transpadane se sont réfugiés chez eux au ive siècle av. J.-C. pour échapper à la domination gauloise sur leur pays. Mais ça ne suffit pas pour faire de la Rhétie un pays étrusque comme le voudraient certains historiens.

Les inscriptions trouvées en Rhétie font se poser des questions mais n’apportent guère de réponses. Il est possible qu’elles transcrivent seulement une sorte de pidgin utilisé par les commerçants de diverses origines pour communiquer entre eux. Certains y cherchent un dialecte de l’étrusque ou du vénète, mais d’autres y trouvent aussi un peu de messapien ou de gaulois très archaïque (du ligure ?). Ces textes ne manquent pas d’originalité puisqu’ils sont écrits dans trois alphabets différents, dérivés surtout de l’alphabet étrusque.

La langue rhète continue à susciter des passions, car on lui prête une descendance encore actuelle. Il s’agit des dialectes rhéto-romans qui auraient un fort substrat rhète. Le romanche est parlé dans les Grisons et en Engadine. Le ladin est présent dans les Dolomites, dans la région de Trente et dans le Tyrol du Sud. Le frioulan existe encore à Trieste. On ne connaît guère l’antique langue rhète, mais on ne parvient pas à expliquer l’existence de ces dialectes très particuliers autrement que par sa présence passée dans ces lieux. »

 

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