Coureurs de bois français et métis de la Rivière Rouge

Extrait de ma nouvelle « Viens à la Rivière Rouge », romance qui plonge le lecteur dans l’univers des métis canadiens avant leur soumission par l’Etat devenu anglophone :

« Nous ne sommes plus pareils à nos ancêtres, les « coureurs de bois » français. Mais nous sommes fiers de l’héritage inestimable qu’ils nous ont légué. Ils avaient fui la France des Barons et de la chasse aux sorcières pour devenir maîtres d’eux-mêmes en Nouvelle-France. Ils ont découvert des espaces sauvages, tout un continent. Ils ont été les explorateurs de la Baie d’Hudson, des Montagnes Rocheuses, du Mississipi et du Missouri, du Texas, de l’Ohio, de l’Alabama et de tant d’autres lieux connus seulement jusqu’alors des autochtones. Ils n’hésitaient pas à affronter les pires dangers : bêtes féroces et gens d’un autre monde. Beaucoup se sont fait massacrer dès leurs premiers pas sur les terres inconnues.
Mais ils ont acquis une grande fierté par leur vie indépendante, et sont devenus les ennemis les plus indomptables de tous les tyrans. Le commerce de la fourrure leur a permis de rencontrer sans cesse de nouvelles tribus en poursuivant leur marche vers l’Ouest et au long du Mississipi. Malgré l’hostilité initiale, beaucoup sont devenus amis des indigènes, au point qu’ils ont fini par adopter une bonne part de leur mode de vie et de leur culture. Ils sont ainsi devenus des intercesseurs nécessaires dans les conflits constants entre les tribus et l’armée ou les colons. Ils ne trouvaient guère sur place que des Indiennes pour compagnes et devenaient d’autant plus proches des Peaux-rouges.
L’adoration qu’avaient les tribus qu’ils rencontraient pour le Roi de France venait seulement de l’amour qu’elles leur portaient à eux, et les coureurs de bois, qui eux bien souvent n’aimaient pas le roi, ralliaient ainsi de partout de précieux auxiliaires autour des fortins des Français, mal défendus et fort isolés dans les contrées de l’Ouest. La force de la Nouvelle-France résidait désormais dans l’appui de ses alliés Indiens. Et les coureurs de bois représentaient une troisième force non négligeable, intermédiaire entre les Peaux-Rouges et les colons français.
Tandis que la Vieille France reproduisait ses vices mercantiles et ses inégalités sociales dans les villes canadiennes et mississippiennes, les coureurs de bois créaient de nouveaux types de rapports sociaux dans l’univers qu’ils contrôlaient, beaucoup plus libres et plus humains.
Et dans leur fréquentation incessante des tribus, ils donnaient naissance à une nouvelle race d’hommes, marginale des Européens autant que des Indiens : les Métis libres. Rejetés bien souvent par les tribus autant que par les coureurs de bois, traqués de toutes parts comme des parias, parfois par leurs propres parents; ceux-ci furent contraints à ne compter que sur leurs propres forces et à constituer leur propre nation. De victimes ils devinrent bientôt de rudes adversaires pour leurs persécuteurs, et finirent ainsi par se faire reconnaître par leurs voisins. Après bien des errances et un constant souci de se regrouper, ils trouvèrent leur Terre Promise sur les bords de la Rivière Rouge, au sud du lac Winnipeg. Car ils y furent invités par les Cree et Assiniboines, en bons termes avec leurs propres métis et préoccupés de la pression qu’ils subissaient de la part des Sioux et des colons anglais. »

Pour illustrer, une carte perso.

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