Une Histoire du latin

Je vous propose des extraits de mon livre « Langues et origines des peuples de l’Europe antique » à propos de la langue latine et de son Histoire. Comme langue « morte » mais culturelle et possédant une abondante littérature, elle rivalise en Europe avec le grec antique.

NB.  Quand j’emploie le signe ‘-‘ devant une date, il s’agit d’une date avant notre ère.

« L’usage de l’écriture reste tout-à-fait exceptionnel chez les Italiotes et ils préfèrent, comme les Gaulois, la littérature orale. On a conservé néanmoins diverses inscriptions assez courtes, souvent à caractère religieux. Les plus anciennes remontent au         -7ème siècle. C’est sous l’influence des Étrusques et des Grecs qu’est née une littérature écrite latine, surtout à partir de la fin du -3ème siècle : elle deviendra rapidement très variée et très abondante. C’est avec le grec, la seule langue littéraire en Europe dans l’Antiquité. Les premiers livres latins furent d’ailleurs des traductions d’œuvres grecques et les premiers auteurs latins écrivaient en grec. Le latin classique est une langue littéraire née au -3ème siècle  en république romaine, et il n’en existe pratiquement pas de formes dialectales contrairement à ce qui se passe avec le grec. Il est bien distingué néanmoins d’une langue populaire qui ne s’écrit pas (sauf dans des comédies). Il est très différent de la langue ancienne du Latium, connue par des inscriptions. Ce parler de « paysans » convenait mal, en effet, pour traduire des œuvres comme l’Iliade et l’Odyssée ; il s’est avéré nécessaire de grandement l’améliorer. Le latin classique s’est enrichi de très nombreux emprunts au grec et à l’étrusque. C’est une langue assez artificielle, difficilement compréhensible pour la plèbe. »…

« Le latin possède certainement un fort substrat ligure et pélasge, de par l’existence de ces langues au Latium avant l’arrivée des Italiotes.

Bien que d’origine latine, le falisque a évolué séparément en pays étrusque : c’est donc une langue latine assez particulière et qui n’est connue que par de rares inscriptions. »…

« Les plus anciennes inscriptions latines, notamment celle trouvée à Gabies, datent du -7ème siècle. La fibule de Préneste porte également une courte inscription de cette époque. L’alphabet utilisé est proche de celui des inscriptions grecques de Cumes. Le lapis niger (pierre noire) trouvé au Forum de Rome date du -5ème siècle, c’est également une inscription en vieux latin du Latium et dans un alphabet grec. La loi des douze tables (gravée sur des tables en bronze non retrouvées) a été rédigée à Rome au -5ème siècle et son texte a été reconstitué à partir d’extraits cités par des auteurs latins, toujours en latin archaïque.

Né à Tarente vers -280, Livius Andronicus semble être le premier littérateur important à écrire en latin, dans une langue qui annonce d’ailleurs le latin classique. Il était d’origine grecque et son nom a été latinisé. Il a vécu à Rome. Il y fait représenter une de ses pièces de théâtre en –240. Il a traduit l’Odyssée d’Homère en vers saturniens. On n’a conservé que des extraits de son œuvre. Cependant, né en -254, Fabius Pictor rédige encore uniquement en grec ses Annales historiques. Ennius Quintus est né en -237 en Messapie. Il est soldat dans l’armée romaine. Il enseigne le grec et le latin à Rome. En versification, il est le créateur de l’hexamètre latin. Ses « Annales » en hexamètres dactyliques sont sans doute les premières rédigées en langue latine. Les auteurs d’époque romaine classique (au 1er siècle avant notre ère) n’auront que mépris pour cette littérature qu’ils considèrent comme « archaïque » mais qui est pourtant nettement préclassique dans la forme autant que par le vocabulaire. Avec elle, on est déjà loin du style naïf des premières inscriptions latines. »…

« Après la guerre des Socii (« guerre sociale ») qui se termine en –88, Rome accorde la citoyenneté romaine à tous les Italiens. Cela facilite leur intégration à l’Empire et ils acceptent plus volontiers d’abandonner leur langue au profit du latin. Ils disparaissent donc en tant que peuples, perdent leur identité et deviennent simplement des Romains italiens. »…

« Il semble que toutes les langues italiotes autres que le latin aient complètement disparu aux environs de l’an 1  de notre ère. Il en va de même pour les autres langues d’Italie (apulien, messapien, étrusque, ligure, vénète, gaulois…). Le latin classique est donc devenu alors la seule langue parlée en Italie. Il devient aussi la langue officielle des pays conquis. Dans la partie occidentale de l’Empire, rien ne lui résiste. Dans la partie orientale, il se fait concurrencer au moins par le grec et par l’araméen. Après la disparition de l’Empire romain d’Occident, au Moyen-âge c’est le latin populaire qui entre en compétition avec lui, aussi bien dans la langue écrite que parlée. Certains auteurs continuent à écrire en latin classique, mais à la Renaissance, ils sont déjà très peu nombreux à le faire. Par ailleurs, le latin est resté la langue de l’Église catholique pour les textes religieux : cette tradition n’a été remise en question que très récemment. Dans l’Empire byzantin, le grec est la langue officielle mais on continue à apprendre le latin au moins pour pouvoir lire les auteurs classiques qui ont été publiés dans cette langue. Aujourd’hui le latin n’existe plus que comme langue officielle du Vatican et on continue à l’utiliser également pour créer des mots savants (dans des langues romanes) ou des mots scientifiques. »

« L’Empire romain a fait disparaître de nombreuses langues et cultures européennes : l’ibère (mais pas le basque), le ligure, le celtique (sauf dans les îles britanniques), l’illyrien (sauf en Albanie), le thrace (mais pas l’arménien), le phénicien (sauf à Malte ??), l’étrusque, le grec d’Italie et le massaliote, le baléare, le carien, le luvien… Parmi les langues celtiques disparues, il convient de mentionner le gaulois celte (en France), l’armoricain, le belge, le celtibère, le Gallèce (en Galice), le galate (des Helvètes, Boiens, Volques, Vindéliques, Brigantiens, Pannoniens, Scordisques…). On a vu aussi que toutes les langues italiotes autres que le latin cessent d’exister. D’autre part cette obligation de parler le latin va laisser des traces durables bien après la disparition de l’Empire, sous la forme de l’apparition de nouvelles langues, les LANGUES ROMANES.

D’abord le latin lui-même n’a pas entièrement disparu de nos jours. Au même titre que le grec ancien, il est encore enseigné dans maintes écoles comme langue morte mais culturellement importante (on ne peut pas en dire autant de beaucoup de langues antiques, connues seulement par quelques spécialistes). Il reste aussi utilisé dans le vocabulaire scientifique ou pour la formation de néologismes dans les langues romanes. »…

Pour illustrer une statue de Jules César au musée du Louvre : un personnage incontournable de la Rome antique, à la fois grand conquérant et auteur en langue latine. Photo sur le site Pixabay.

 

 

 

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