A la recherche d’un Nouveau Monde pour l’Humanité

Contenu du récit : une expédition de reconnaissance pour préparer l’opération ‘Arche de Noé‘. Mission impossible !!

« Le songe de Boris

On l’a trouvé enfin : il existe un satellite naturel de l’étoile HD209458 qui possède une atmosphère richement oxygénée ! C’est dans la constellation de Pégase qu’il fait continuellement son petit tour. Question d’examens : combien d’années (ou de siècles) mettrait, pour l’atteindre, le vaisseau spatial le plus rapide actuellement (et baptisé, en cette circonstance, « l’Arche de Noé ») ? Les astronautes n’ont pas de patrie : ils se sentent citoyens de l’Univers. Ils passent le plus clair de leur existence dans l’apesanteur, là où les frontières n’ont jamais existé. Parmi les étoiles les plus lointaines, on reconnaît un soleil au fait que sa lumière nocturne clignote parfois : c’est quand un ou plusieurs de ses satellites passent devant lui. On peut ainsi observer des centaines de points centraux de galaxies extérieures à notre voie lactée ! Tout couverts de poussière rouge et radicalement déracinés, les cosmonautes se reconnaissent eux-mêmes comme d’authentiques Martiens quand ils déambulent maladroitement sur le sol inhospitalier et nulle part bien plane de Mars. Beaucoup de glace recouvre les calottes polaires de cet astre, mais ailleurs l’eau commence à manquer et seuls quelques vers assez particuliers parviennent encore à survivre dans ce Nouveau Monde si désertique ! Doit-on préférer Titan, qui comporte un continent couvert de glace, de goudron et de rochers, avec autour un Océan de méthane et d’éthane liquide ?? Tout dépend de ce qu’on cherche. S’il n’est pas possible de survivre normalement et longtemps sur les planètes les plus proches de la Terre, elles ne manquent pourtant pas de charme et elles attisent notre curiosité. Certaines agences de voyage en profitent déjà pour y organiser des excursions touristiques d’une durée limitée. Elles ne sont pas à la portée de toutes les bourses ! Vue de Mars, la Terre se présente comme une mignonne étoile bleue. Chaque Nation rêve, bien sûr, de se rendre maîtresse unique de l’Espace et du Temps qu’on y passe. A la station spatiale, les robots montent gaiement dans la fusée pour aller bosser sur Vénus : pour l’instant on n’y exploite que des mines à ciel ouvert. Boris a déjà parcouru une centaine d’années-lumière en solitaire. La Fédération Internationale d’Astronautique s’apprête à enregistrer, au dernier jour de l’an, son record actuel. Malgré sa fierté, il se sent doublement et irréversiblement acculturé : il l’est non seulement dans son esprit, mais même dans son cœur. C’est plus fort encore que lorsqu’il était devenu résident à Monaco, réalisant ainsi le plus cher désir de ses jeunes années. A présent il se sait paumé à des milliards de kilomètres de la charmante chaumine familiale et de son élevage de chevaux bien racés au milieu de la steppe boisée ukrainienne. Les paysans du coin savent encore que la grande ourse n’est en réalité qu’un bœuf de labour. Il se souvient de ses jeux d’enfance au milieu d’arbres pleins de sève, alors qu’il ne parcourt plus désormais que des lieux parfaitement arides, où on n’aperçoit jamais le moindre brin d’herbe. « Louons la bravoure et l’engagement de toutes les âmes courageuses qui se sont sacrifiées pour l’exploration des mondes lointains ! » Mais Boris ne se sent pas encore tout à fait égaré, car il possède un petit appareil bien pratique qui lui permet de relever ses coordonnées célestes. De plus on ne lui prodigue que de bons conseils sur son ordinateur de bord. Mais le rayonnement cosmique provoque de plus en plus de phosphènes quand il ferme les yeux. De plus, il est resté prostré récemment pendant plusieurs semaines, victime du mal de l’Espace. Il sait qu’il n’est pas grand’chose malgré ses insignes exploits et que la Terre elle-même n’est qu’une poussière infime dans l’Univers ! Çà fait d’ailleurs longtemps qu’il n’aperçoit même plus sa lumière dans le ciel. La nébuleuse d’Andromède est une galaxie bien plus importante et plus vaste que la nôtre. L’étoile Eni est deux mille fois plus lumineuse que le soleil et elle se trouve seulement à 260 années-lumière de chez nous. Les habitants de la constellation d’Hercule sont des nains gris qui aiment à recevoir des messages de la Terre mais qui ne daignent pas y répondre, car ils se moquent de l’Humanité ! Boris a compris que l’Univers n’est nullement en expansion : les galaxies ne font jamais que se déplacer dans un espace vide laissé provisoirement par d’autres. Plus deux galaxies sont éloignées l’une de l’autre, plus rapidement grandit encore la distance qui les sépare. Il pense que, loin de rester éternellement immobile, notre Soleil fuit à grande allure devant une galaxie plus grande que la nôtre et sans doute très menaçante pour nous . En se déplaçant ainsi, il entraîne dans son sillage toute notre Voie Lactée, qui demeure bien ordonnée et bien disciplinée malgré cette déroute incessante. Le soleil décrit ainsi autour de rien une ellipse beaucoup plus large que celle de tous ses satellites autour de lui. C’est ce sauve-qui-peut sans fin qu’on nomme à tort « Expansion de l’Univers ». Il sent que la Vie n’a pas dit son dernier mot, alors que l’existence sur notre planète est déjà grandement compromise. Mais que sait-on de la vie ? Nous la devinons imparfaite ou complètement inexistante sur tous les astres que nous réussissons à apercevoir. Mais notre perception est très limitée, il existe surtout beaucoup de planètes trop lointaines qui demeureront à jamais hors de notre champ de vision ! Néanmoins Boris sait qu’on a décelé, hors du système solaire, l’existence d’un satellite qui possède tout ce qu’il faut, surtout de l’oxygène, de l’hydrogène et du carbone. Il reste seulement à vérifier qu’il contient de la vapeur d’eau. De quoi nous permettre d’imaginer déjà que çà deviendra bientôt le nouveau Far West, car c’est jusqu’à présent la seule sphère répertoriée qui puisse ressembler un peu à notre bonne vieille Terre. Il n’est pas interdit de rêver, et c’est ce que les êtres humains ont toujours fait le mieux. Mais il faut bien admettre qu’on doit ranger ce projet dans la catégorie « mission impossible », car nous n’aurons pas assez de temps pour le réaliser ! Les seuls bons vivants dans les siècles à venir ne pourront plus être, hélas, que des extra-terrestres, de l’existence desquels nous n’aurons jamais rien connu, rien su ! Bien sûr, Boris, dans sa présente Odyssée, n’atteindra jamais ce Nouveau Monde déjà idéalisé par lui, mais il lui semble qu’il est en train de démontrer qu’on peut s’en approcher quelque peu. Par contre il éprouve maintenant le sentiment très angoissant que la Terre elle-même est hors de sa portée et qu’il ne la reverra jamais. Il est allé beaucoup trop loin ! Il tourne maintenant en rond autour d’un soleil dont il ne parvient pas à se détacher, car son engin ne pourra plus atteindre la vitesse suffisante pour pouvoir le faire, il n’en a plus la puissance ! Il ne voit pas bien ce qui pourrait lui permettre de s’évader de cette mini-galaxie, il risque d’y rester coincé jusqu’à la fin de ses jours ! Heureusement il dispose encore d’un stock suffisant de pilules pour parvenir à s’alimenter pendant un siècle si nécessaire : prendre deux cachets trois fois par jour en les suçant, un pour la boisson, un pour la nourriture solide. Il peut encore espérer le secours de la brigade d’intervention interplanétaire : elle a le temps d’arriver jusqu’à lui. Il a signalé la position de l’orbite qu’il décrit avec une parfaite précision. »

Raymond Delattre, texte extrait de mon livre ‘Bric-à-brac

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