Présentation de la divine Danaé Londine

Je propose ici un peu de lecture à ceux que ça intéresse : mes 4 poèmes (dont 2 proses) sur Danaé Londine, déesse protectrice des forêts. Un mythe moderne de ma création : la Nature n’est pas sans défense face à ses agresseurs humains.

1) Hors des sentiers battus

Quelle est donc cette singulière hamadryade ou naïade qu’on aperçoit parfois de loin dans la campagne, à la lisière des grands bois ? Ostensiblement sauvage, elle semble uniquement éprise de sa liberté et de sa solitude. Personne n’a jamais réussi à l’approcher, elle est bien trop évanescente !

À la tombée de la nuit, elle gagne la forêt la plus profonde, aux endroits les plus sombres. Bien abritée sous les fougères géantes, elle fait son lit sur la mousse séchée et les feuilles mortes à moitié décomposées. Elle se couvre de sa cape rouge.

Le garde-champêtre qui l’a entrevue plusieurs fois et qui l’a observée discrètement, pense qu’elle est Artémise car elle porte sur son dos un grand arc et un carquois rempli de flèches à la pointe en fer.

En réalité elle ressemble plutôt à la Diane des premiers Latins car, au lieu de consacrer son temps à la chasse, elle protège constamment les animaux sauvages. Elle ne se déplace presque jamais sans une imposante escorte de trois chiens fidèles, de nombreux cerfs, loups, lynx, ours, corneilles et autres bêtes de ces lieux. Les paysans du village le plus proche la nomment « Danaé Londine ». N’est-ce pas plutôt pour se protéger de l’approche des humains, mâles surtout, qu’elle s’arme comme une Amazone ?

Car elle porte aussi un sabre en acier à la ceinture.

Elle aime par-dessus tout son indépendance et ne veut s’attacher à rien ni à personne.

Tantôt blonde, tantôt brune ou rousse, on la croit vouée à la virginité et pourtant elle prend bien soin de son corps : elle se baigne souvent dans le Chawion ou le Ninglinspô sans craindre les regards indiscrets. On devine qu’elle se sent belle et qu’elle aime qu’on s’en aperçoive. On raconte parfois qu’elle rend visite le soir aux Nutons dans leur caverne, mais il s’agit de simples ragots. En effet ces nains insolents ont disparu depuis plusieurs siècles. Des enfants qui allaient glaner aux champs, l’ont entendue chanter : « Quand la nuit se pose, quand les choses se reposent, quand les paupières se closent comme une rose qui se replie, en cet unique instant entre rêve et réalité, je passerai inaperçue te laisser un tendre baiser ».

À présent les femmes maltraitées par leur mari ou par leur amant, menacent de quitter à jamais leur foyer, de la rejoindre et de la suivre, sous la protection de Dame Nature. Mais Danaé pourra-t-elle jamais s’accommoder de la présence de personnes si ordinaires et accoutumées à un train-train quotidien ?

Son existence appartient au domaine du rêve et de la barbarie, elle se tient à l’écart de tout contact possible avec la société humaine. À minuit elle s’assied parfois sur un croissant de lune pour y jouer de la flûte.

2) Au cœur de la forêt

C’est l’été. Un regard scintillant et mystérieux, une cape vermeille, des guirlandes de fleurs aux couleurs de l’arc-en-ciel tout autour du corps… Danaé Londine a pour demeure la forêt, son aimable voisine se nomme Dame Nature. Amazone sylvestre, elle fredonne parfois une musique inspirée par les remous de la cascade, par le murmure du feuillage quand le vent chasse, par les lointains hurlements de loups sous la lune, par le bourdonnement des insectes, par le bruit cadencé de ses propres sabots sur le sol…

Au coucher du soleil, à quoi peut-elle bien rêver assise sur une longue barque amarrée à l’entrée d’un grand lac ? En demeurant là parfaitement immobile, songe-t-elle à un long périple sur l’océan ? Attend-elle qu’un promeneur égaré vienne s’asseoir à côté d’elle : elle lui ravira son âme !

La forêt est sa demeure, les êtres qui l’habitent sont ses enfants. Le hêtre, ce géant placide, protège de son abondant feuillage, ses chers corbeaux, hiboux, crapauds, araignées, couleuvres, sangliers, chevreuils, fougères, amanites, digitales, pervenches… Danaé s’assied volontiers sur une grande souche pour écouter le chant des oiseaux posés sur les branches de chênes et de bouleaux qui filtrent les rayons du soleil. Parmi les buis, la bruyère et les genêts à balai tant aimés des sorcières, elle parcourt les landes désertiques, suivie de son escorte de bêtes sauvages.

La nuit, elle dort sur la mousse séchée et les sphaignes, parmi les épicéas, vivantes colonnes dressées dans l’obscurité.

Elle boit l’eau des fontaines et le lait de ses chèvres. Aimant les animaux, elle se contente d’une nourriture frugale et végétarienne. Les champignons sylvicoles lui procurent un apport important en protéines. Sous les sapins, dans les pessières humides à la lisière des fagnes marécageuses, elle n’a qu’à se baisser pour ramasser le lactaire orangé parmi les aiguilles tombées des arbres. Au bord des chemins, les cercles de mousserons marquent les traces d’une ronde nocturne des fées. Elle adore particulièrement les ronces qui lui procurent des mûres savoureuses et les orties dont elle fait une soupe délicieuse. Elle cueille rarement quelques fruits mûrs dans les vergers voisins. Elle se régale plus couramment de châtaignes, de noisettes, de prunelles, de glands comestibles de certaines espèces de chênes devenues très rares. Elle préfère par-dessus tout les myrtilles des collines boisées. Bon gré mal gré, les abeilles lui offrent une part de leur miel. Elle est la Dame aux animaux, elle les protège des maladies et des chasseurs.

3) Une mère protectrice

Brutale amazone… et naïade
Tendre amoureuse de nutons,
En soupirs ou en algarades,
Martiale par affection,

Protégeant animaux et plantes,
Gardienne des derniers grands bois,
Danaé seule mais confiante
Met loups et faucons sous sa loi !

Reine des fauves et grands arbres,
Faune et flore sont ses sujets :
Face aux humains : toujours de marbre !
La paix n’est pas dans ses projets.

Quand quelqu’un franchit la frontière
De son domaine, c’est pour aimer
La forêt et non pour lui faire
Du mal : sinon guerre à jamais !

Arc et sabre de Dan Londine
Frappent des hommes inhumains,
Coupables d’infâmes rapines
Chez Nature, hors du droit chemin.

Provenant du lointain, son chant
Au paisible passant rappelle
De ces lieux le charme puissant,
La force vitale éternelle !

4) Sa demeure est la forêt

Une cape aux chaudes couleurs,
A l’œil une flamme divine,
Le corps paré de mille fleurs,
Par les monts va Dana Londine.

Un chant étrange elle fredonne
Qui ressemble aux cris des oiseaux,
Au chambard des vents en automne,
Au rythme alerte du ruisseau.

Immobile dans le brouillard
Sur sa barque bien amarrée,
Elle rêve d’un grand départ
En fixant bien la joncheraie.

Sa demeure est la forêt sombre…
Elle s’endort au pied des pins
Sous sa cape, dans la pénombre,
Un lit d’aiguilles pour coussin.

Offrant à Nature son cœur,
Par les monts va Dana Londine,
Le corps vêtu de mille fleurs,
A l’œil une flamme divine !


Raymond Delattre
extraits de 2 de mes recueils sur le site Atramenta

3 réflexions au sujet de « Présentation de la divine Danaé Londine »

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