L’Aquitaine antique, pays disputé entre plusieurs ethnies

« L’Aquitaine est un pays qui semble n’avoir été conquis par les Ibères qu’au IVe siècle av. J.-C. : auparavant la population était ligure (indo-européenne). Les Aquitains ont sans doute parlé surtout l’ibère et ce n’est qu’au Moyen Âge, par conquête ou par alliance, qu’ils sont devenus provisoirement dépendant des Basques (avant d’être intégrés à la France). Il existait bien sûr une certaine parenté linguistique entre le basque et l’ibère.

Le Languedoc a été aussi une région ligure mais Besara (Béziers) et d’autres sites de la région ont une origine ibère très antérieure au IVe siècle avant notre ère. »…

« Des auteurs signalent qu’au IVe siècle av. J.-C. (donc après l’époque d’Hérodote), des envahisseurs ibères sans doute venus d’Espagne actuelle détruisent Narbonne et même Besara (Béziers), pourtant village de langue ibère. L’enjeu de cette conquête était peut-être en partie commercial. Narbonne contrôlait sûrement un commerce fluvial depuis Bordeaux, entre la Méditerranée et l’Atlantique. Narbonne aurait ainsi remplacé dans ce trafic une autre ville ligure, Tartesse, ruinée par la fondation de la phénicienne Gadès (Cadix). Les Ibères ont dans le même temps créé un grand pays, l’Aquitaine, conquis également sur des Ligures (le nombre de tribus au suffixe ligure ate est impressionnant dans cette contrée). On attribue aussi aux Ibères la fondation de Burdigala (Bordeaux).

Béziers semble alors remplacer Narbonne pour le commerce, désormais contrôlé par les Ibères. Mais au IIIe siècle av. J.-C., une tribu gauloise venue de l’est de l’Europe, les Volques, venge en quelque sorte les Ligures : elle s’empare de tout le Languedoc et reconstruit Narbonne. De l’autre côté, les Bituriges se sont emparés de Burdigala, qui se transforme en ville celte. Le commerce fluvial entre Bordeaux et Narbonne devient donc entièrement gaulois. »…

« Les Volques prennent des villes ligures ou ibères : Narbonne, Béziers, Nîmes, Lattes, Toulouse, Carcassonne…

Comme ils menacent ainsi l’Aquitaine ibère (dont faisait partie Toulouse), les Bituriges en profitent pour l’attaquer d’un autre côté et s’emparent de Bordeaux (Burdigala). Mais les conquêtes des Gaulois en Aquitaine n’iront pas plus loin. Néanmoins, ça leur permet de contrôler une voie commerciale très importante, Bordeaux-Toulouse-Narbonne, entre l’océan Atlantique et la Méditerranée. »…

« Comme la Lusitanie, la Cantabrie et l’Asturie, l’Aquitaine n’est pas réellement gauloise, mais pluriethnique et plurilingue. Elle est peuplée de Ligures, d’Ibères, de Vascons, de Celtes et de Galates (les Volques de Toulouse). Les principales langues y sont sans doute l’ibère et un ancêtre du basque (la langue des Vascons). »

« En −58, à l’appel des Éduens et d’autres Celtes, Jules César défait les Helvètes puis les Suèves qui tentent d’envahir la Gaule celtique. Les Helvètes retournent en Suisse et acceptent la domination romaine. Par la suite, les Romains entreprennent de conquérir la Belgique, l’Armorique, la Gaule celtique et aussi l’Aquitaine (dans laquelle se trouvent quelques tribus gauloises minoritaires) : c’est chose faite en −52 après la reddition de Vercingétorix à Alésia. »…

« Les Basques ont dominé l’Aquitaine au Moyen Âge : celle-ci était majoritairement ibère, avec sans doute une minorité basque. La parenté linguistique explique probablement la facilité de la conquête (pour constituer un grand État non indo-européen). »

Ce sont quelques extraits de mon livre « Langues et origines des peuples de l’Europe antique ». Le mot « Aquitania » comportait un suffixe ibère comme plusieurs peuples de la péninsule ibérique : les Bastétans, Turdétans, Orétans, Contestans, Edétans, Carpétans, Lusitans, Ausétans, etc. À partir de l’époque de la conquête romaine, l’Aquitaine a été fortement romanisée, on y a parlé le latin comme en Espagne actuelle mais le basque, lui, a très bien subsisté. En dehors de textes en latin, on ne possède pas d’écrits en Aquitaine dans les langues qui y étaient parlées dans l’Antiquité (ligure, ibère, basque, gaulois). Les premiers écrits basques sont plus tardifs et ces autres langues ont disparu, en laissant sans doute des traces dans les dialectes locaux.

Votre commentaire

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l’aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion /  Changer )

Photo Google

Vous commentez à l’aide de votre compte Google. Déconnexion /  Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l’aide de votre compte Twitter. Déconnexion /  Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l’aide de votre compte Facebook. Déconnexion /  Changer )

Connexion à %s