Faut-il croire les revenants ?

Le miroir du manoir

C’est au cœur du duché d’Argyll qu’un jeune lord anglais vient d’acquérir un très vieux manoir écossais de style victorien avec un terrain de plus de 1000 hectares. Le loch qu’il contient est renommé pour sa faune très diversifiée et pour la pêche miraculeuse de la truite et du brochet. Le soir dans sa chambre, il ne trouve pas aussi facilement le repos qu’il le souhaiterait. C’est à cause du miroir ovale avec un cadre au décor de tissu en tartan. Il n’a pourtant pas la berlue mais le visage d’une gracieuse jeune femme rousse apparaît à côté du sien quand il s’y mire pour se raser ! Il a beau se retourner, il ne voit personne près de lui dans la pièce. Est-elle rousse ou peut-être brune : il lui semble que la couleur des cheveux de cette aimable sorcière oscille entre ces deux teintes. Au début il n’a fait que l’apercevoir sans pouvoir en croire ses yeux ! Mais voilà qu’elle se met à lui parler à présent et il entend très bien sa voix doucereuse. Enfer et damnation ! La fille du miroir se présente comme suit au noble élégant qui vient d’acheter cette riche demeure : « Je vivais jadis dans ton nouveau domaine avec ma famille. Nous avons enterré un grand trésor à l’intérieur de la propriété. Il comprend de merveilleux joyaux que nous avons ravis à tes compatriotes anglo-saxons après une grande victoire remportée sur eux ! Mon époux a reçu sa part de butin. C’était il y a quelques siècles déjà ! Je vais te donner les indications pour trouver ces objets de grande valeur. En échange tu me baiseras sur la bouche sur le miroir et tu me rendras ainsi la vie : je sortirai de la glace et tu m’épouseras pour que je redevienne maîtresse des lieux en ton aimable compagnie.
Un frisson parcourt le gentleman de la tête jusqu’au pied mais il parvient à reprendre vite son flegme britannique. La fée ne le dérange pas trop tant qu’elle reste enfermée derrière sa paroi de verre. Et l’idée de découvrir un trésor fabuleux en gagnant sa confiance parvient à le rendre impavide. Après tout il sait qu’il existe des fantômes parfois effrayants dans toutes les grandes demeures d’Écosse et il faut bien s’accommoder de leur présence ou alors perdre tous ses biens en évacuant les lieux ! D’ailleurs cette revenante, loin de se montrer agressive, essaie plutôt de le charmer ! Pourquoi ne pas feindre de la contenter ? Il a donc promis de faire ce qu’elle lui demande. Il s’endort tranquillement cette nuit.
Le lendemain, elle lui précise que le trésor a été enfoui sous le sous-sol du pigeonnier où se trouve aussi l’accès à un très long souterrain. Il faut descendre dans la cave de cette cabane isolée. Prudemment car le bois de l’échelle est sûrement moisi et des échelons peuvent se casser. En bas le sol est couvert de dalles : il faut en soulever quatre qui ne sont pas cimentées et qui se trouvent au centre de la pièce. Puis il ne reste qu’à creuser la terre jusqu’à arriver à un grand coffre qui contient diverses merveilles étincelantes ! Un trésor comprenant 600 pièces de monnaie ancienne en argent et une centaine en or. De la vaisselle en argent avec des cuillers, gobelets, bols, vases, plats, louches. Des statuettes dans le même métal précieux. De nombreux colliers, bracelets et anneaux en or. Ce magot vaut plus d’un million de livres sterling !
Mais la revenante du miroir que le lord anglais espérait duper, n’a fait que se moquer de lui en réalité ! C’est lui qui est berné ! Rien pour elle, c’est vrai : le contraire eut été impossible, elle le sait ! Mais rien pour lui non plus, qu’elle avait alléché par de vaines promesses ! Il a creusé pour rien dans la cave humide et crasseuse du gourbi, pas de trésor et rien d’intéressant ! Il ne trouve même pas l’entrée du souterrain ! Et quand cette maudite embobineuse lui apparaît à nouveau, elle ne fait qu’éclater d’un grand rire devant lui, furieux. Soudainement elle disparaît et c’est à tout jamais, il ne la reverra plus sur une vitre ni ailleurs ! Ce n’était qu’un jeu pour elle de hanter un petit coin de sa chambre ! Elle souhaitait seulement effrayer et importuner cet ignoble Anglais qui ose s’emparer de terres ayant appartenu depuis la nuit des temps à son illustre clan écossais, à ses valeureux ancêtres !

Raymond Delattre, 8/4/2022.

Pour illustrer, un château écossais : une photo libre de droit du site Pixabay.

Ce texte est extrait de mon livret « Contes lyriques » en lecture libre sur Atramenta

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