Il existait des langues NON indo-européennes en Europe dans l’Antiquité

Quelques précisions à propos des nations de langue non indo-européenne présentes en Europe dès l’Antiquité, dont la langue est connue ou qui ont au moins laissé des inscriptions qui sont lisibles mais non traduisibles :

« Certains peuples non indo-européens disparus ont laissé tardivement quelques écrits (la plupart datent de l’époque classique gréco-romaine). C’est le cas particulièrement des Étrusques, qu’on parvient aujourd’hui à traduire. La seule inscription connue des Pélasges tyrrhéniens est la stèle de Lemnos : découverte en 1885, elle n’a été traduite que très récemment grâce à la connaissance qu’on a maintenant de la langue étrusque (ce qui n’est pas peu dire !) On dispose aussi de textes en langue ibère (intraduisibles jusqu’à présent). On ne peut même pas donner de nom de langue à des documents plus surprenants, comme certaines inscriptions du Nord du Picenum ou certaines parmi celles en oghamique d’Ecosse. Je rappelle aussi l’existence de textes en langue hatti en Cappadoce. Mais d’autres écrits d’une langue assez particulière, comme ceux de Tharsis par exemple, sont sans doute du ligure indo-européen. Le luvien (ou louwite), également indo-européen, a supplanté beaucoup de langues autochtones (inconnues) en Anatolie.

A la périphérie de l’Europe, des langues non indo-européennes ont parfaitement survécu. Au contraire des précédentes, elles existent bien aujourd’hui (certaines comme langue officielle d’un Etat indépendant) mais n’ont laissé aucun écrit dans l’Antiquité. C’est le cas du Finnois dans le Nord (qui a bien résisté à la pression germanique et slave) et du Kartvélien ainsi que du Caucasien dans les monts du Caucase et à proximité (dernier refuge face aux menaces des Scythes, des Assyriens, des Iraniens et des Arméniens). Par contre, au Moyen-Orient, des langues caucasiennes très tôt disparues ont produit une abondante littérature antique : le hourrite et l’ourartéen, tous deux traduisibles. »…

« Les Hispani étaient le peuple ibère de la région de Séville, et les Romains vont nommer tout le pays Hispania (Espagne). La colonisation romaine étant très forte dans cet Eldorado riche en minerais de toutes sortes et en terres fertiles, les Ibères ont été complètement romanisés et leur langue a cessé d’exister rapidement. Pour l’instant on ne la connaît que par l’onomastique et par des mots transmis à la langue espagnole ou portugaise.
Les linguistes considèrent que ce qu’on connaît de l’ibère diffère nettement du basque. On rapproche néanmoins celui-ci de certaines langues du Caucase. Il comporte sûrement de fortes influences du ligure. La principale tribu en était les Vascons (autour de Pampelune). Les Basques ont occupé l’Aquitaine au moyen-âge : celle-ci était majoritairement ibère, avec peut-être une minorité basque : la parenté linguistique explique sans doute la facilité de la conquête. La Navarre fut pendant longtemps un royaume basque. Au fil du temps le basque a été fort influencé par des langues indo-européennes (latin puis espagnol et français). Ça a dû considérablement modifier sa syntaxe (sans parler du vocabulaire !) Il a quand même réussi à survivre avec de nombreuses particularités non indo-européennes. On ne connaît l’étrusque que par des écrits antiques : pour le basque, c’est le contraire, il est parlé et rédigé aujourd’hui mais on n’en possède aucun texte antique. Il n’est pas impossible que les Basques soient arrivés en Espagne beaucoup plus tôt que les Ibères, peut-être même au Néolithique ou au Chalcolithique. Cette ancienneté de la séparation avec le peuple resté en Asie, expliquerait aisément qu’il soit laborieux de trouver des ressemblances entre cette langue et celles du Caucase.
Il peut sembler paradoxal que l’ibère, qui s’était répandu sur un très grand espace géographique, ait disparu ; alors que le basque, une langue plutôt « locale », continue lui à exister. Aujourd’hui le basque est surtout parlé dans certaines régions d’Espagne (Biscaye, Guipuzcoa, Alava, Navarre pyrénéenne) et de France (Labourd, Basse-Navarre, Soule).
Les Ibères et les Vascons sont les seuls peuples caucasiens dont la présence était attestée en Europe Occidentale et méditerranéenne dans l’Antiquité. »

(Il s’agit de deux extraits de l’introduction de mon livre : « Langues et origines des peuples de l’Europe antique » publié par Atramenta)

J’ajoute que la langue du linéaire A en Crète est encore peu lisible donc d’origine incertaine. D’anciens Chypriotes (les Étéo-chypriotes) ont écrit dans un syllabaire inspiré du linéaire A et on ne comprend pas non plus leurs écrits. Les Phéniciens ont disparu mais ont laissé quelques inscriptions (dans leur langue sémitique) en Europe méditerranéenne. Des Juifs furent certainement présents en Europe à l’époque de l’Empire Romain (sans qu’on leur connaisse des textes de cette époque et en ces lieux). Les Huns n’ont pas gravé d’inscription dans leur langue. Les Hongrois et les Turcs ne sont arrivés en Europe qu’au Moyen-âge. Je parle aussi de la présence (ou de l’absence) de ces peuples en Europe antique dans d’autres passages de mon livre. Quant à la langue des Tziganes, elle est indo-européenne (d’Inde).

Pour illustrer, un traîneau en Laponie. Les Lapons, parlant une langue finno-ougrienne (donc parente du finnois et non indo-européenne) habitent le Nord de l’Europe depuis la haute Antiquité

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