Les Pélasges de Thessalie selon des auteurs antiques

« La littérature gréco-romaine donne quelques noms de nations pélasges. En Thessalie, contrée très active au Néolithique, avec des sites importants, un pays portait encore leur nom : la Pelasgiotis. La Phthiotide de Thessalie avait été une contrée pélasge également, mais intégrée au royaume grec d’Achille déjà avant la guerre de Troie (comme l’Achaïe-Phthiotide voisine). Achille avait fait d’une ville pélasge nommée Phthie sa capitale. À une époque antérieure à l’arrivée des Indo-Européens, les Pélasges tyrrhéniens avaient occupé la Thessalie, mais ils en auraient été chassés par les Pélasges éoliens d’Épire. Pour ceux-ci, le nom que leur donne Hérodote semble douteux, car ils n’ont sans doute rien à voir avec le dieu Éole. Néanmoins, c’est à leur ancienne présence que l’on doit sans doute le nom d’Éolide donné à une région du nord-ouest de l’Anatolie et qui comprend la Troade. Les deux villes nommées Larissa, celle de Thessalie et celle de Troade, auraient donc été fondées par eux. Au sud de l’Étolie, le pays de Calydon (Evinochori) et de Pleuron se nommait Aiolide. Il existait des îles Éoliennes en Sicile et des Ioléens en Sardaigne. Ceux-ci seraient venus de Grèce avec des Thespiens (qui sont des Béotiens). On les nommait aussi « Iliens ». Ce mot est intéressant, car il pourrait être le véritable nom de ces Pélasges. Ilion serait ainsi la ville « ilienne ». « Iol » est peut-être un mot formé avec un affixe o intercalé (rappelons qu’il ne s’agit pas d’une langue indoeuropéenne). Or le Troyen Ascagne a pour second nom « Iule », qui rappellerait l’origine pélasge ilienne de Troie (second nom, car à l’époque de la guerre de Troie, celle-ci n’était plus pélasge depuis longtemps, mais partagée entre les Luviens et les Thraces : Ascagne n’est pas un nom pélasge). Troie (nouveau nom d’Ilion) était donc devenue une ville cosmopolite à l’époque mycénienne. Les Pélasges de ce pays avaient alors été confinés dans la ville de Larissa et sur son territoire, dans le voisinage des Lélèges (qui avaient peut-être joué un rôle important auparavant dans l’histoire de la Troade, et qui devenaient eux aussi des marginaux). Les Teucres, dont Hérodote signale qu’ils sont les derniers Troyens existant à son époque, ne sont donc sûrement pas des Pélasges, mais peut-être des Luviens locaux ou une nation métissée, pluriethnique. Après l’époque mycénienne, les Thessaliens sont des Grecs ayant occupé la Thessalie et la Béotie ainsi que – plus tardivement – l’Éolide et la Troade : les Pélasges éoliens qui ont subi leur domination ont sans doute été en partie assimilés pacifiquement, ce qui expliquerait qu’on les confonde souvent avec eux. En effet, on nomme souvent « Thessaliens », dans la mythologie notamment, des Pélasges éoliens. En tout cas, il ne reste déjà plus rien des Pélasges éoliens à l’époque d’Hérodote : ils n’existent plus.

La tradition thessalienne de la cavalerie remonte à une époque très antérieure à l’arrivée des Thessaliens de langue grecque. Le mythe des Centaures se situe dans la Thessalie très ancienne, encore pélasgique (éolienne). Cette tradition s’est perpétuée par la suite. Les meilleurs cavaliers d’Alexandre le Grand seront encore des Thessaliens.

Alors que les Éoliens étaient plutôt sédentaires (dans de grosses bourgades) et aussi marins, les Perrhèbes sont également des Pélasges de Thessalie, mais semi-nomades. Déjà mentionnés par Homère, ils auraient fondé Histiaia en Thessalie et ils traversaient régulièrement la chaîne du Pinde pour camper aux portes de Dodone, dont ils avaient peut-être créé le sanctuaire. On leur attribue aussi la fondation d’Histiaia en Eubée. Contrairement aux Pélasges éoliens, ils n’ont pas disparu à l’époque classique, mais ils ne parlaient plus alors que la langue des Grecs thessaliens (nommée « éolien »). »

           

J’extrais ce texte de mon livre sur les peuples d’Europe.

         

            Illustration : un centaure, image pixabay, libre de droit.

4 réflexions au sujet de « Les Pélasges de Thessalie selon des auteurs antiques »

    1. J’emploie le terme ‘humanodiversité’ pour expliquer qu’il importe d’empêcher la destruction par la force de la diversité linguistique et ethnique (dont culturelle). Pour évaluer le nombre d’individus, les Etats le font eux-mêmes habituellement pour les minorités ethno-linguistiques et pour les « peuples premiers » restés suffisamment « autonomes » (certains Amérindiens, par exemple). Pour ce qui est des Pélasges (en Grèce, en Albanie, en Turquie, en Italie…) ils ont disparu dès l’Antiquité et on n’en recense pas un seul officiellement dans ces pays actuellement

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    2. La population était très peu nombreuse partout en Europe au Néolithique villageois. Les Pélasges n’étaient sûrement ni plus ni moins nombreux que d’autres. Quand les Achéens-Mycéniens sont arrivés en Grèce actuelle, ils étaient encore moins nombreux que les Pélasges. Il faut attendre le 6è siècle AC et le développement de la civilisation urbaine en Méditerranée pour que la population croisse considérablement, surtout dans des villes comme Athènes, Milet… A cette époque la plupart des Pélasges étaient déjà assimilés dans les Cités-Etats grecques ou luviennes ou dans des tribus thraces ou illyriennes

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